Bactéries, levures, oxydation : ce qui guette le vin nature
Passer la porte du chai sans la protection du soufre, c’est, pour nombre de vinificateurs, s’avancer dans une zone de turbulence. Car le vin, rappelons-le, est une matière vivante, où pullulent levures, bactéries, enzymes, et autres micro-organismes que souvent, on ne maîtrise pas totalement.
- Risque de mauvais goût — Sans soufre, certaines bactéries lactiques ou des levures indésirables peuvent se développer et donner naissance à ce que l’on nomme joliment (ou hâtivement) “dérives microbiologiques” : goût de souris, volatilité excessive (acide acétique), odeurs d’écurie, pet d’animal, etc.
- Oxydation accélérée — Sans la barrière antimicrobienne et antioxydante du soufre, l’action de l’oxygène peut brunir, fatiguer, voire précipiter le vin vers une perte aromatique et une couleur amoindrie, surtout quand on parle de vins blancs ou rosés.
- Moindre stabilité en bouteille — Les vins non sulfités sont plus sensibles aux variations de température, aux manipulations, et parfois même aux voyages et expéditions, comme le redoutaient les importateurs new-yorkais ou japonais, longtemps frileux avec ce type de flacons.
Les chiffres sont révélateurs : selon la FNIVAB (fédération des vignerons bio), seulement 8 % des vins bio en France sont vinifiés totalement sans soufre ajouté. Au niveau global, moins de 1 % des vins produits le sont sans adjonction d’anhydride sulfureux. Un tel chiffre exprime bien le défi et la rareté de cette pratique !
Le goût de souris : la hantise du vinificateur nature
C’est à la fois la légende urbaine et la hantise technicienne de nombreux passionnés du vin vivant : le fameux “goût de souris”, ou mouse taint. Cette note désagréable, évoquant la croûte de fromage rance, la pâte d’arachide ou la cacahuète fermentée, ne s’exprime qu’après quelques instants en bouche (voire, paradoxalement, seulement après avoir avalé ou recraché le vin). L’incidence reste rare mais traumatisante pour les vins naturels — d’autant qu’aucun test objectif ne permet de la détecter avec certitude avant la mise en marché. Selon une étude du Laboratoire de l’OIV (2014), près de 15% des lots de vins sans soufre analysés présentaient ce défaut, contre moins de 1% en conventionnel. D’où la prudence, voire la crainte durable, de certains œnologues.