Goût de bouchon : reconnaître une bouteille bouchonnée
Non. Le bouchon peut avoir une odeur peu marquée alors que le vin présente une forte perte de fruit. Il faut surtout examiner le vin dans un verre...
Ces dernières années, Bordeaux a vu éclore des groupes autonomes, ébranlant l’image de monoculture dominant tout le reste. Leur but ? S’entraider face à l’ampleur du système, mutualiser leurs outils et expériences, rendre visible une alternative écologique et sensible à la production traditionnelle du Bordelais, tout en luttant contre l’isolement.
Ce maillage de solidarités répond à des besoins concrets :
Ce n’est pas un hasard si, de 2015 à aujourd’hui, les collectifs de vignerons « naturels » sont passés de l’ombre à la lumière. On en recensait à peine une douzaine en 2010, ils sont plus de 40 domaines engagés en nature ou en conversion bio/dynamie aujourd’hui (source : NaturaSup, 2023).
Depuis 2019, ce collectif fédère une vingtaine de vigneron·nes – des noms établis (Château Le Puy, Château Meylet) mais aussi de jeunes planteurs passionnés (La Grande Clotte, Les Chais du Port de la Lune). Leur manifeste est net : “Faire des vins de Bordeaux, sans intrants œnologiques, sans souffre ajouté, sans concession, tout en respectant les terroirs et l’histoire de la région”.
Ce groupe contemporain, né en 2018, réunit des vignerons d’origines et de terroirs divers – des Graves à l’Entre-deux-Mers – autour de l’idée que le libre-arbitre et la créativité sont les seuls ferments admis. Plusieurs domaines sont certifiés bio ou en biodynamie, tous mettent l’accent sur l’absence d’intrants et la micro-vinification.
Pour ceux qui souhaitent œuvrer « sous le radar », cette structure informelle facilite l’entraide sans prise de position médiatique. Un paradoxe ? Non : cultiver une identité hors système sans s’enfermer dans la polémique. Les Anonymes pratiquent :
Si la viticulture naturelle de Bordeaux a gagné en maturité, c’est aussi parce qu’elle a su réinvestir les lieux publics et décloisonner son audience. Les salons sont à la fois espace de parole, forum militant et fête païenne.
Ce maillage festif produit du lien, permet à la parole du vigneron d’aller plus loin que l’étiquette, et pour beaucoup, c’est le point d’entrée dans la découverte du vin naturel à Bordeaux.
L’émergence de ces réseaux n’est pas due au hasard ou à un simple effet de mode. Elle s’explique aussi par les crises traversées : gel destructeur de 2017, crise du mildiou en 2018, chute des prix du vrac. Selon les chiffres de la Chambre d’Agriculture de Gironde, près de 30% des exploitations bio/nature ont eu recours à l’entraide collective ces cinq dernières années pour survivre à ces aléas.
Les réseaux bordelais s’organisent en véritables compagnonnages :
Loin du mythe du vigneron solitaire, c’est ici tout un territoire de solidarité qui prend forme, à contre-pied d’une histoire du Bordeaux industriel. Dans chaque chai solidaire, c’est tout l’écosystème rural qui respire mieux.
Amandine, jeune vigneronne de Pompignac, raconte : « Quand j’ai perdu 80% de ma récolte à cause du gel, ce sont les autres qui m’ont prêté des raisins pour que je n’arrête pas l’aventure. L’an prochain, j’ai fait pareil pour une autre, c’est cyclique. » (source : entretien lors du Salon Darwin 2023)
À Bassens, des vignerons urbains, comme ceux des Chais du Port de la Lune, se coordonnent chaque année pour organiser des cueillettes citoyennes, invitant riverains et étudiants à participer à une vendange qui se termine toujours par un bal dans la cour du hangar. Un autre visage du Bordeaux populaire et participatif.
Dans les Graves, la famille Hubert (Château Peybonhomme-les-Tours) prend régulièrement part à des actions dites « desherbages solidaires » : on se relaie, on bêle, on chante, on arrache les adventices sur plusieurs micro-parcelles, redonnant sens au mot “collectif”.
La montée en puissance de ces collectifs change la donne dans un vignoble où 90% de la production reste standardisée (source : FranceAgriMer, 2022). Le volume des vins naturels bordelais reste minoritaire : au dernier recensement (La Vigne, 2023), ils représentent environ 1,5% de la production totale, soit à peine 5 à 6 millions de bouteilles toutes couleurs confondues. Pourtant, leur influence dépasse de très loin leur volume : visibilisation médiatique, intérêt accru de la jeune génération, nouveaux marchés à l’export (Scandinavie, Japon, USA) ouvrent des perspectives.
Les défis persistent : lourdeur des démarches administratives, coût du bio, manque de reconnaissance institutionnelle (malgré l’intégration en 2022 d’un Groupe d’Intérêt Économique dédié aux “alternatifs” par la Chambre d’agriculture), mais la dynamique reste vivace.
Les réseaux et collectifs de vignerons naturels à Bordeaux sont aujourd’hui bien plus qu’un rempart contre la solitude ou une réponse artisanale à la crise : ils incarnent un mouvement de société où le goût, le paysage, la relation à la terre et la solidarité se renouvellent.
Sans slogans tonitruants ni passéisme, ces collectifs montrent un Bordeaux en mutation, ouvert, parfois fragile, mais d’une vitalité réjouissante — un Bordeaux ouvert sur ses singularités et qui, peut-être, inspire d’autres vignobles en quête de sens.
Pour aller plus loin :