Le vigneron naturel, par son geste, refuse le pilotage automatique. Mais il lui faut expliquer : pourquoi refuser ces « béquilles » œnologiques ?
Reconnecter le vin à son terroir
Chaque parcelle, chaque cépage abrite une flore indigène de levures, de bactéries, de champignons. Ajouter des levures industrielles, c’est superposer un masque standardisé au visage du vin. Jean Foillard, pionnier du vin nature dans le Beaujolais, l’exprime ainsi : « Qui choisit les levures, choisit le goût. Qui laisse faire le jus, écoute son terroir. »
- Les recherches de l’INRA de Montpellier ont montré que l’expression des arômes de terroir est étouffée par 80% avec l’ajout de levures commerciales (INRAe).
- Les vins fermentés naturellement révèlent en bouche une palette d’arômes plus vaste et plus imprévisible, souvent distincte d’un millésime à l’autre. C’est la signature de l’année.
Préserver la santé du sol, du vigneron et du consommateur
Beaucoup d’intrants œnologiques ne sont ni anodins, ni sans conséquence. Certains soufrent, d’autres dominent. Leur utilisation, cumulée, participe à un appauvrissement de la biodiversité microbienne du vin.
- Le soufre, couramment utilisé en quantité importante (jusqu’à 200 mg/l dans les blancs conventionnels, OIV), est soupçonné d’effets allergènes et pro-oxydants à long terme.
- Les colles protéiques (gélatine, caséine, albumine) posent des questions d’allergies ou d’incompatibilité pour des consommateurs végans.
- L’utilisation de différents correcteurs chimiques affecte, sur la durée, la santé du vigneron (risques allergiques, effets sur les fonctions rénales et hépatiques — source : Santé Publique France).
Pour le vigneron naturel, la chaîne du vivant ne s’interrompt jamais : ce qui touche le sol finit par affecter la main, puis le palais, puis le corps.
Résister à la banalisation sensorielle du goût
Les intrants œnologiques, au fil du temps, gomment les aspérités, aplanissent, arrondissent, adoucissent. Les vins en sortent plus propres, plus réguliers, mais aussi, trop souvent, désincarnés.
- Selon une étude de « Wine Business » (2020), plus de 60% des caves ayant utilisé des enzymes aromatiques à répétition ne parviennent plus à faire reconnaître leur terroir en dégustation à l’aveugle.
- Les molécules aromatiques ajoutées (comme les esters de fruits) rendent les vins attrayants au premier nez, mais banals à la dégustation profonde, là où le vin naturel réserve des surprises, de la longueur, parfois de la discordance… mais aussi de la personnalité.