Il existe autant de gestes, d’expériences et de trouvailles que de vignerons un brin têtus. Certains outils sont anciens, d’autres ne cessent d’être raffinés à la lumière des observations de terrain comme des études en laboratoire.
La prophylaxie : l’art d’anticiper
C’est le premier levier. Dans le Bordelais, cela commence avant la plantation et continue chaque jour au fil du cycle végétatif.
- Aérer la végétation : taille douce, levage, ébourgeonnage pour assurer une meilleure circulation de l’air et réduire l’humidité sur les feuilles. Un rang bien tenu réduit mécaniquement le risque. Selon le CIVB, cela peut diminuer de 30 à 40% la pression du mildiou (source : Comité Interprofessionnel du Vin de Bordeaux).
- Gestion des effeuillages : exposer légèrement la zone des grappes, particulièrement côté levant, limite l’installation du champignon.
- Éviter les excès d’azote : trop de vigueur, trop de feuillage, c’est ouvrir la porte à l’humidité piégée.
Choisir les bons cépages et porte-greffes
Certains cépages traditionnels bordelais, comme le Merlot, sont très sensibles, tandis que d’autres résistent mieux : Malbec, Petit Verdot offrent une certaine robustesse.
- Cépages résistants : l’arrivée – timide encore – des variétés PIWI (issus de la recherche de l’INRAE et de sélectionneurs européens), comme le Floreal ou le Vidoc, change doucement le visage du vignoble. Ils permettent parfois de se passer complètement de traitements.
- Porte-greffes adaptés : ils jouent aussi un rôle, favorisant une meilleure adaptation à un sol donné et limitant parfois la vigueur excessive.
| Cépage |
Sensibilité au mildiou |
Commentaires |
| Merlot |
Forte |
Phénomène bien documenté à Bordeaux |
| Cabernet Sauvignon |
Moyenne |
Toujours vigilance, surtout par printemps précoce |
| Malbec |
Faible à moyenne |
Sous réserve de bonne aération |
| Floreal (PIWI) |
Faible |
Autorisé à l’essai, peu connu encore |
Les tisanes et extraits végétaux : l’intelligence des plantes alliées
Jamais Bordeaux n’a tant infusé ortie, prêle et consoude : l’usage des tisanes et préparations naturelles reprend ses droits. Leur efficacité, souvent moquée, s’est vue réhabilitée au fil des essais – notamment au réseau Dephy, à l’INRAE et sur le terrain (références : « Préparations naturelles en agriculture biologique », ITAB, 2021).
- Décoction de prêle : riche en silice, elle renforce la cuticule des feuilles, les rendant moins perméables à la pénétration du mildiou.
- Infusion d’ortie : stimulation des défenses naturelles de la vigne (« effet éliciteur »).
- Consoude : en pulvérisation foliaire, elle favorise la croissance harmonieuse et une meilleure cicatrisation des tissus.
Ces extraits s’utilisent toujours préventivement, en adaptant le dosage aux conditions météo. De nombreux vignerons témoignent aussi de l’intérêt de la propolis ou de l’ail, véritables « boosters » du système immunitaire végétal.
La bouillie bordelaise… à dose homéopathique
Même en bio, le cuivre reste un recours. Mais la tendance est à la parcimonie absolue. Initiatives du CIVB, des groupes Dephy ou d’associations comme Bordeaux Cultivons Demain, toutes incitent à descendre en-dessous des 2 kg/ha/an de cuivre, bien loin des 6 kg autres fois admis. Techniques de pulvérisation de précision, prévisions météo fines : on ne traite que s’il est vraiment nécessaire, et jamais au calendrier.