Le savoir qui fermente : Education et réinvention chez les nouveaux vignerons du Bordelais

Là où le vin chante comme l’alouette au matin

De la vigne à la classe : panorama des formations actuelles

Impossible aujourd’hui de passer outre la diversité des parcours. En Bordelais, 64 % des jeunes installés en viticulture ont suivi une formation diplômante sur les dix dernières années, selon la Chambre d’Agriculture de Gironde (chiffres 2022). Les formations classiques – BTS viticulture-œnologie, DNO, parfois un cursus d’ingénieur en agronomie – couplent génétique de la vigne, chimie du vin, gestion de la propriété. Pourtant, un autre fil se tisse, moins linéaire, plus bigarré : celui des autodidactes venus du monde entier, des reconvertis passés par le management, le dessin, l’informatique ou la restauration.

Des écoles, mais pas seulement : la formation informelle comme terroir d’inspiration

Fait marquant : 22 % des néo-vignerons bordelais ne possédaient aucune formation viticole en 2010 – ils étaient moins de 10 % en 2000 (source : Observatoire Agricole de Gironde). C’est là que la vigne enseigne d’elle-même, que l’on apprend par compagnonnage, par forums, par podcasts dédiés, par immersion chez des « maîtres » du naturel. Les ateliers proposés dans des domaines de l’Entre-Deux-Mers, les séjours chez des pionniers de la biodynamie à Sainte-Foy ou à Bourg-sur-Gironde, deviennent de véritables universités buissonnières.

Ce désir d’apprendre « autrement » se traduit par une effervescence dans les foires, salons de vins natures, bricolages collectifs de cuvées, où la pratique vaut autant que la théorie.

Pourquoi (et comment) la formation rebat les cartes du Bordeaux d’aujourd’hui ?

Impact sur le geste vigneron

La formation, quelle qu’en soit la voie, provoque des changements tangibles dans le quotidien des domaines :

Le passage du « faire comme » au « faire sens »

Le virage, aussi discret qu’essentiel, se fait là : la formation ne transmet plus seulement des gestes, elle interroge le sens. De nombreux jeunes installés à Saint-Emilion, Blaye ou Castillon déclarent, lors de leur entrée dans le métier, que leur priorités fondamentales ne sont plus la réussite économique au sens strict, mais « le respect des vivants », « l’envie de transmettre un paysage », « l’adaptation joyeuse à l’imprévu » (source : Entretiens CRANA, 2022).

Formations et territoires : les nouvelles alliances du vin bordelais

Le nouvel attrait pour les formations (et contre-formations) a des impacts insoupçonnés sur le maillage du terroir :

Le retour de l’école buissonnière : mentors, pair-à-pair et nouveaux collectifs

Tandis que les plus classiques continuent de former à la taille Guyot ou à la vinification sous bois, on assiste à l’éclosion de laboratoires de terrain où la transmission se fait par le spectacle du vivant, via le compagnonnage et le dialogue permanent. Parmi les vignerons natures du Bordelais, 70 % disent avoir d’abord appris par observation et par imitation lors de stages (source : enquête interne IFV, 2022).

Ouverture : la formation, levain d’une identité nouvelle

Il n’y a pas désormais un Bordeaux, mais plusieurs, et derrière leurs contrastes se cache une même faim de connaissance : celle qui se transmet sans bagages inutiles, d’intuition en partage. De la salle de classe aux rangs de vigne, des amphithéâtres d’agronomie à la fraîcheur nocturne des chais, la nouvelle vague de vignerons (naturels ou non) préfère aux dogmes figés l’apprentissage sensible, le droit à l’erreur, la curiosité partagée. Nulle formation, fût-elle la plus complète, ne dispense d’écouter la plante parler, mais partout, le savoir prend racine, pousse, bifurque.

Peut-être est-ce là, au croisement des méthodes et des alliances, que s’esquisse le Bordeaux de demain : un Bordeaux fluide, indocile, joyeux, où les vignes dialoguent avec ceux qui prennent le temps d’apprendre – et de transmettre.

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