Dans un monde où le goût du vin se cherche, se perd parfois, puis se retrouve, la place de la faune auxiliaire n’est ni un retour en arrière, ni un folklore. C’est une nécessité technique, agricole, et – osons le mot – poétique. Chaque vigneron qui choisit de composer avec les insectes et les oiseaux, plutôt que contre eux, raconte une autre histoire du Bordeaux vivant. Et chaque dégustation d’un vin nature issu d’une vigne habité par la faune sauvage devient alors mémoire d’une terre en mouvement, d’une alliance discrète mais toute-puissante du vivant avec la main de l’homme.
Les recherches de l’INRAE montrent que la biodiversité de la faune auxiliaire dans les vignobles naturels reste encore sous-estimée : près de 700 espèces différentes ont été recensées dans les zones viticoles bordelaises non traitées[INRAE, 2023]. C’est une invitation à regarder les sols, les airs, les feuillages. À écouter, à sentir même, ce qui fait la singularité d’un vin réellement vivant. Il y a dans cette mosaïque de petits animaux bien plus qu’un atout phytosanitaire : une promesse de durée et de complexité, un compagnonnage inscrit profondément dans l’histoire du vignoble.
À la Roseraie comme ailleurs, les amateurs de vins vivants regardent aujourd’hui la nature avec curiosité et gratitude. Car si le Bordeaux naturel prend racine hors des modèles dominants, il s’enrichit tous les jours de ces vies minuscules, qui écrivent, en filigrane, la partition sensorielle du vin à venir.
Sources principales : INRAE, Office Français de la Biodiversité, LPO, Sud Ouest, AgroParisTech, OIV, CIVB, ISVV Bordeaux